R.A : Tout d’abord bonjour à vous tous et merci beaucoup de nous accorder cette interview. Nous savons que vous êtes quatre musiciens passionnés. Pouvez-vous vous présenter ?
S : Samy, Bassiste des Guillotines, intégriste musical et illustrateur.
M : Marion, nouvelle batteuse des Guillotines, et dessinatrice presque professionnelle...
A : Alex, Directeur des Ressources Humaines, Marketing et Communication dans les Guillotines. Le groupe existe depuis plus de 5 ans malgré quelques changements de formation dans la section rythmique.
R.A : Quelles sont vos influences musicales ?
Y : J'ai été trempé depuis tout chiard dans le bon roquainerolle de Papa, j'imagine que peu de gens ont comme moi eu la chance de connaître cette étrange et mirifique transition dominicale du plain-chant grégorien aux hoquettements de Buddy Holly, Elvis (loué soit son nom), ou Eddie Cochran.
Et puis il y avait aussi Johnny Cash, le plus sombre et le plus grave, qui a peut-être eu dans notre musique une influence plus décisive que les illustres zigues susnommés.
S : Le groupe est influencé par des groupes obscurs de garage 60’s que l’on a découvert sur les compilations Nuggets ou Back from the grave.
Y : Le groupe avait des velléités peuneque à ses débuts, moi-même je ne jurais que par une guitare directement branchée dans un ampli, avec un son légèrement saturé, ou creuneché comme disent les barbares, et suraigu.
S : La Surf Music influence aussi notre son …
Y : j'ai apostasié lâchement l'idole du «branche et joue» pour cultiver un son seurfe, le plus clair possible (sauf en cas de feuse), bourré de réverbe et parfois abâtardi d'échos ou de trémolos.
M : mes influences sont assez variées, je suis fan de post punk/new wave 80's (the Cure, Depeche Mode, Joy Division...) mais aussi de groupes plus garage! Sans oublier The Pixies.
Y : N'en déplaise à Samy, hormis le Brian Jonestown Massacre et les Black Lips, il y a des découvertes fraîches qui peuvent nous influencer, par exemple les Growlers, les Night Beats, les People's Temple... ainsi que feu les Strange Boys.
A : Nos influences se ressentent dans la manière dont nous composons et écrivons ; j’aime qu’on entende des échos des Kinks, des Beatles ou du Velvet Underground dans nos morceaux. À titre individuel, le brouillard m’inspire beaucoup.
R.A : Sachant que pratiquement tous les groupes de garage chantent en anglais, pourquoi avoir choisi le français ?
A : Parce qu’on sait le faire.
Y : Parce que d'une part c'est la plus belle langue du monde, et parce que d'autre part hormis Samy qui n'écrit pas ou pas encore, Alex et moi parlons aussi bien anglais qu'un député de l'huaimepé, ce qui est assez embêtant.
M : C’est bon quand c’est bien fait …
R.A : Pouvez-vous nous décrire ce que vous pensez de vos deux premiers morceaux (l’Aube et l’Absinthe) ?
M: J'avais déjà jeté une oreille à ces morceaux avant d'entrer dans le groupe, pour moi ce sont deux morceaux différents assez représentatifs de ce qu'on peut écouter pendant un set des Guillotines.
L'Aube est plus posée, swing et plus mélodique. L'Absinthe est super énergique, simple et efficace avec de la fuzz à tout va. Et le tout est bien produit !
A: on remercie d’ailleurs Xavier Ruiz et toute l’équipe de La Féline Production, pour le traitement privilégié qu’ils nous ont réservé !
Y: Elles comptent peut-être aussi parmi les chansons les plus simples et les plus accessibles de notre répertoire.
C'est une sorte d'aperçu mais aussi d'initiation, pour ceux qui nous écoutent mais aussi pour nous, puisqu'on n'avait pas l'habitude jusque-là de faire des enregistrements aussi sérieux.
Je me souviens notamment d'une séance dite « maison » où nous avions passé notre temps à jouer aux jeux vidéo, à fumer, à boire et à jouer au foute dans le parequinegue au milieu de la nuit, je n'ai pas besoin de vous dire que le résultat n'était pas très enthousiasmant.
Je pense avec le recul que pour ce premier disque et pour une première sortie, nous avons enregistré les chansons qu'il convenait d'enregistrer.
A: Ce sont deux chansons que l’on joue depuis quelques temps, on a eu le temps de les tester en concert ; un enregistrement peut être un exercice délicat, il fixe une chanson et selon la réception du public, on ne peut plus trop la faire évoluer.
Il fallait donc avoir confiance en ces deux titres.
Le fait de les avoir présentés aux gens, mais aussi parce que ce sont les morceaux où notre collaboration en tant que compositeurs a été la plus étroite, nous a conforté dans notre envie de les sortir sur notre premier 7’’.
Ces deux titres sont des moments clés de l’histoire du groupe.
R.A : Buvez-vous de l’Absinthe dès l’Aube ?
A: Tous les jours.
Y: Je me réveille généralement bien après l’aube et je déteste les boissons anisées, ça m’écœure.
S: Pour ma part, je suis plutôt vin rouge, peu m’importe le moment de la journée.
M: Je bois du thé …
R.A : Le vinyle connaît actuellement un engouement, pensez-vous qu’il s’agit d’une véritable opportunité pour l’industrie musicale ou d’un simple effet de mode ?
Y: C'est peut-être les deux, de toute façon l'industrie musicale n'a pas trop le choix, les cédés se vendent de moins en moins puisque le grand public télécharge.
Il n'y a plus que les passionnés pour acheter régulièrement de la musique, ce qui est mauvais signe pour l'industrie musicale puisque ceux-ci ne sont pas nombreux.
S: Le Vinyle est un support de qualité, supérieur en termes de son et d’esthétisme. De plus de nos jours on trouve des coupons de téléchargement dans les 33tours, ce qui permet aux gens qui les achètent d’avoir un bel objet doté d’un super son en plus d’une version disons plus transportable, tout en permettant à l’industrie du disque de limiter le piratage.
A: La nostalgie a toujours fait recette ; la différence c’est qu’actuellement c’est tellement la merde que les jeunes regrettent des temps qu’ils n’ont pas connus.
La hype du moment c’est la K7 alors que le vinyle est plus qu’une mode, c’est un choix : il faut être passionné pour écouter des disques, c’est une cérémonie, comme une messe ; ça prend plus de temps, on met plus de soi et c’est encore plus beau.
Y: Quoi qu’il en soit, en tant qu’acheteur compulsif de vinyle je suis bien aise de pouvoir me procurer certaines rééditions, même si il n’’y en a pas assez à mon gout.
R.A : Pourquoi avoir choisi le support vinyle pour votre premier single ?
Y: Les cédés au XXIème servent de support pour rouler des joins (et encore, sur ce terrain le cédé est concurrencé par le dévédé).
M: Etant donné que l’industrie musicale bat de l’aile, autant se faire plaisir à sortir un bel objet, avec une belle pochette. C’est joli.
S: Notre musique respire et transpire les 60’s, il était donc normal qu’on sorte notre premier disque sur un support qui se prête à cette musique, même si nous ne sommes pas des revivalistes purs et durs.
Y: Samy et moi sommes de gros consommateurs de vinyle, nous ne concevons la musique que sous ce format, et Alexandre (du label Croque Macadam) n’aurait de toute façon pas voulu sortir autre chose, à part peut-être une cassette, et encore …
A: Cela relève du fétichisme.
R.A : Avez-vous d’autres projets ?
S: bouger en province, voir à l’étranger.
A: être le premier groupe à jouer dans l’espace (pour éviter que ce soit Cerebral Ballzy).
Y: être adulés par Zemmour et Naulleau à la télévision.
R.A : Le label Croque Macadam sous lequel vous avez édité votre 45 tours semble récent.
Pouvez-vous nous le décrire ?
Y: le projet de notre disque s’est mis en place à l’aube d’une soirée arrosée (d’absinthe ?) et enfumée.
A: Selon moi, Alexandre, l’homme derrière le label, fera rapidement partie des grandes figures de la musique en France.
Y : c’est aussi et surtout, en homme de gout et en personne respectable, un fanatique du vinyle et de la musique pop, ainsi qu’un fervent défenseur du roquainerolle francophone.
S: Un petit label tenu par un passionné … Ça inspire confiance, non ?
Y: Depuis l’inauguration du label avec la sortie de notre premier 7 pouces, il y a eu quelques autres productions de Croque Macadam qui confirment le bon goût et le sérieux de ce label.
Il pratique un système d’échange avec d’autres petits labels étrangers pour diffuser les productions de Croque Macadam chez eux et diffuser leurs groupes ici.
Bref, Croque Macadam, c’est du goût, de la passion et de l’astuce.
R.A : Produisez-vous en concert ? Si oui, où pouvons-nous venir vous écouter ?
Nous jouerons le Samedi 31 Mars à la Mécanique Ondulatoire (Bastille), avant de faire quelques dates en banlieue.
R.A : Le téléchargement illégal vous semble-t-il être un frein ou un atout pour la continuité de votre groupe ?
Y: C’est un atout promotionnel bien sûr. Je pense que d’une manière générale, le téléchargement gratuit est un formidable outil de découverte et de partage, qui ne doit en aucun cas être commercialisé.
J’achète petit à petit en vinyle tout ce que j’ai téléchargé et que j’apprécie, et lorsque je dois me contenter du format numérique parce que le disque est introuvable, je suis frustré parce que je ne possède pas vraiment l’album ou la chanson.
S: étant un groupe assez jeune et pas encore très connu, si notre musique tourne d’une oreille à une autre, ça ne peut que nous être bénéfique.
A: Hadopi fait bien plus de mal à la musique que le téléchargement : on sacrifie la culture en laissant s’oublier des parts entières de notre histoire commune afin que quelques nantis puissent conserver leur mode de vie…
R.A : Concrètement, comment peut-on encourager les jeunes groupes comme le vôtre à éclore sur la scène musicale ?
A: Pour les femmes, en vous mettant au premier rang de nos concerts et en criant comme si j’étais Paul McCartney.
Pour les hommes, attendez patiemment la fin de représentation pour vomir votre bière.
M: il faut avant tout nous écouter et venir nous voir en concert, tout simplement..!
S: en parlant de nous et en ramenant du monde lorsque l’on joue.
Y : En résumé, la santé d’un groupe dépend de tout le monde, du simple amateur, du musicien d’un autre groupe, du programmateur, du blogueur, etc.
R .A : Pour finir, une question de passionné :
Quels seraient les dix albums que vous emmèneriez sur une île déserte ?
-Safe as milk de Captain Beefheart
-Revolver des Beatles
-Take it from the man du Brian Jonestown Massacre
-Walkin’ the blues de Willie Dixon
-L’album éponyme de Howlin’ Wolf
-Doolittle des Pixies
-The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators
-Here are the Sonics
-Polaroïd Roman Photo de Ruth
-L’album éponyme du Velvet Underground
Y: C’est horrible comme question, s’il ne faut écouter que dix disques autant emporter un revolver avec une balle pour se la loger dans la tempe.
Et encore merci de nous avoir consacré tout ce temps. Visitez la chronique du 45 tours :
Chronique des Guillotines
Chronique des Guillotines

Yves il est sympa, il ne prend qu'une seule balle :D
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